16.11.2011
vignobles dans les coteaux de Liège
A propos de vignobles, de coteaux et de patrimoine…
Pourquoi des riverains s'opposent à l'exploitation
de vignes sur les coteaux de la Citadelle
Un important projet d’implantation de vignobles est en train de se mettre en place sur les coteaux de la Citadelle. Une certaine confusion dans l’information tient au fait qu’un premier projet a été présenté à la presse par « Vins de Liège », une coopérative d’économie sociale, qui voulait implanter ½ ha de vignes sur le terrain des Filles de la Croix (à vendre) rue Hors-Château.
Ce projet sur les coteaux de la Citadelle est devenu aujourd’hui celui de la société multinationale Vrancken-Pommery qui veut implanter environ 5 ha de vignes sur la propriété de l’Evêché située entre le collège Saint-Barthélemy et la rue du Péry, sur le terrain des Filles de la Croix qui le jouxte et sur le dessus du bois Fabry, près du terrain de football.
1. Du point de vue patrimonial, ces terrains sont particulièrement protégés par la loi puisqu’ils appartiennent, au plan de secteur, à une zone d'espaces verts ; qu’ils constituent un site classé situé dans un périmètre d'intérêt culturel, historique ou esthétique mais aussi dans un périmètre d'intérêt paysager et dans le centre ancien protégé de notre ville. C’est dire si le législateur a accordé à ce lieu une attention et des valeurs particulièrement importantes qu’il s’agit de préserver.
Au PCDN ce sont des zones de développement : le Plan de développement de la nature adopté par la Ville de Liège y préconise l'enrichissement de la biodiversité.
Si on devait déroger à ces protections juridiques, il est à craindre que cela ne produise un précédent dommageable pour d’autres espaces verts de Liège. Il s'agit de la survie des poumons verts déjà malmenés alors qu’ils constituent une barrière contre les pollutions atmosphériques et sonores.
2. Le remplacement de zones boisées et de vergers riches de leur biodiversité par une monoculture, celle de la vigne, constituerait un appauvrissement manifeste de l’écosystème de cet endroit exceptionnel, situé au cœur même de notre cité. En effet, des centaines d’espèces végétales et animales y vivent – particulièrement des oiseaux dont un grand nombre sont protégés par la loi. Cette flore et cette faune constituent un maillage écologique qui s’est tissé au fil du temps, et qui relie la zone concernée à l’ensemble boisé du bois des Carmélites, du bois Fabry et de Vivegnis.
3. Si les coteaux étaient porteurs de vignes du XVIe au XIXe s., ce n'est pas un argument majeur pour en replanter : la nature s'est reformée, transformée jusqu'à nous offrir un précieux équilibre, un maillage écologique qui va de la Citadelle à Vivegnis, une véritable couronne boisée qui fait la particularité de Liège et l’admiration de tous.
4. Ce projet a de quoi inquiéter les riverains des coteaux du point de vue santé vu les pulvérisations de produits chimiques (fongicides, phéromones, …) plusieurs fois par an, les effets de cocktails chimiques, les cancers à long terme… dans une zone de forte concentration urbaine avec un hôpital de 1000 lits et des milliers d'écoliers.
5. Du point de vue géologique, l’érosion des sols sera accentuée de façon importante avec l’arrachage des arbres et des buissons qui retiennent l’eau, sur des terrains en forte pente. Il y a déjà eu des glissements de terres, un bassin d'orage a débordé récemment à la Citadelle. Les conséquences d'un tel bouleversement des terres sont très préoccupantes par temps d'orages, tempêtes, dégels... Quant aux eaux polluées par les produits chimiques, elles ruisselleront le long des jardins et finiront leur course dans la Meuse.
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19.03.2011
Conférence sur Georges Truffaut
Ce jeudi 24 mars à 18h30, dans le cadre de l’exposition « Histoire d’eaux, Liège Expose son avenir » à l’Espace Wallonie (1), une conférence sur Georges Truffaut sera donnée par Paul Delforge, historien de la Fondation Destrée, co-auteur de l’Encyclopédie du Mouvement wallon.
Georges Truffaut a marqué notre histoire et notre mémoire. Fondateur du Grand Liège, initiateur de l’Exposition internationale de 1939, il est à l’origine, notamment, du Port autonome de Liège, du Lycée de Waha et des Bains de la Sauvenière.
Tout au long de sa trop brève existence, il s’est battu pour la Wallonie, pour son affirmation et sa reconnaissance politique.
Bâtisseur entreprenant, homme politique très engagé, résistant courageux, ce grand Liégeois reste une figure exceptionnelle de notre ville.
Peu ou mal connu des plus jeunes d’entre nous, il est de ces hommes dont, comme l’a écrit Jean-Maurice Dehousse, « on n’apprend pas le nom aux écoliers d’aujourd’hui ».
Nous aurons l’occasion de débattre de sa trajectoire dans le contexte de l’histoire de Liège et de la Wallonie, lors de cette période tumultueuse de l’Entre-deux-Guerres et de la Deuxième Guerre mondiale. Une histoire qui n’est pas sans avoir laissé des traces …
Une visite sur le site de l’exposition 1939 à Coronmeuse (Palais des Sports, parc et école Reine Astrid, esplanade de l’île Monsin et mémorial du roi Albert Ier) aura lieu le samedi 26/3 2011 de 14 à 16 h. Le rendez-vous est à 14 h devant la patinoire, quai de Wallonie.
(1) Jusqu’au 26 mars. Espace Wallonie, au pied de la rue Haute Sauvenière. Elle comprend, outre la partie « Expo 1939 », agrémentée de photos des inondations de 1926, des panneaux explicatifs sur les réalisations en matière hydraulique dans la région liégeoise.
Tous les jours de 9 à 16h30 ; samedi de 9 à 12h30. Visites guidées gratuites par J.P. Keimeul.
19:26
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Conférence sur Georges Truffaut
Ce jeudi 24 mars à 18h30, dans le cadre de l’exposition « Histoire d’eaux, Liège Expose son avenir » à l’Espace Wallonie (1), une conférence sur Georges Truffaut sera donnée par Paul Delforge.
Georges Truffaut a marqué notre histoire et notre mémoire. Homme politique d’exception, fondateur du Grand Liège, initiateur de l’Exposition internationale de 1939, il est à l’origine, notamment, du Port autonome de Liège, du Lycée de Waha et des Bains de la Sauvenière. Nous aurons l’occasion de débattre de sa trajectoire dans le contexte de l’histoire de Liège et de la Wallonie.
Une visite sur le site de l’exposition 1939 à Coronmeuse (Palais des Sports, parc et école Reine Astrid, esplanade de l’île Monsin et mémorial du roi Albert Ier) aura lieu le samedi 26/3 2011 de 14 à 16 h. Le rendez-vous est à 14 h devant la patinoire, quai de Wallonie.
Les réservations se font au 04 250 93 30. Il est encore temps !
(1) Jusqu’au 26 mars. Espace Wallonie, au pied de la rue Haute Sauvenière. Elle comprend, outre la partie « Expo 1939 », agrémentée de photos des inondations de 1926, des panneaux explicatifs sur les réalisations en matière hydraulique dans la région liégeoise.
Tous les jours de 9 à 16h30 ; samedi de 9 à 12h30. Visites guidées gratuites par J.P. Keimeul.
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06.12.2010
Choc des cultures en Wallonie : source de blocage linguistique ?
Choc des cultures en Wallonie, source de blocage linguistique ?
Contribution aux journées de « l’Université d’été » d’Eben-Emael, août 2010.
En guise d’introduction à un sujet qui fait polémique, et de façon un peu provocatrice, je commencerai par deux citations :
« Il y a des actions contraires à la nature des choses […] Ainsi cette contrainte linguistique par laquelle tous les jours une atteinte est portée à votre personne même puisque tous les jours, par tous les moyens, programmes scolaires, conditions d’entrée et d’avancement dans les administrations, choix des fonctionnaires, on vous oblige à consacrer une partie de votre temps surchargé à l’étude du flamand plutôt qu’à celle d’une grande langue de grande littérature et de vaste expansion : cette contrainte […], n’admettez pas qu’elle doive durer. Résistez-y ; l’avenir est avec vous. Ayez pour les Flamands toute l’estime et l’admiration que mérite cette race avec qui nous pourrons vivre en association cordiale et fructueuse si dans cette association nous ne sommes pas opprimés ; mais ne croyez pas que leur domination soit pour nous une fatalité historique. »
Marcel THIRY, Lettre aux jeunes Wallons. Pour une opposition wallonne, Nouvelle Revue wallonne, 1960.
« Tout le blabla multiculturel est contraire à l’essence, aux objectifs et aux acquis du mouvement flamand. En fait, il est dirigé contre lui, il constitue une tentative désespérée d’empêcher que le mouvement flamand réalise en définitive son objectif le plus ancien : l’autonomie de la Flandre. »
Aloïs GERLO, Naar een multiculturele samenleving ? Leuven, 1993. Cité par Anne Morelli (cfr infra, p. 267)
Je souligne que ces phrases sont datées, circonstancielles, et ne peuvent se comprendre que resituées dans le contexte de la vie de leur auteur et de l’histoire du pays.
Je les ai toutefois choisies pour leur apparent excès, parce qu’elles sont écrites par des penseurs dont l’œuvre est globalement progressiste et humaniste[1] et parce qu’elles illustrent par là la complexité de la question étudiée et l’affectivité qui l’imprègne.
*
Il m’a été demandé de brosser le contexte historique de la Wallonie et de ses « connotations culturelles et linguistiques » afin de les mettre ou non en rapport avec les résistances, voire les freins à l’apprentissage des langues dans notre région.
Autrement dit : le choc des cultures en Wallonie serait-il source de blocage linguistique ?
D’emblée le terme « blocage » m’a titillée. Quand j’évoquais la question autour de moi, on me répliquait : mais les Wallons ne sont pas plus réticents que les Français ou les Suisses à l’apprentissage des langues germaniques ! C’est évidemment facilement explicable en ce qui concerne la France où on ne parle que le français, langue internationale ; par contre les Suisses francophones n’apprendraient pas l’allemand avec plus d’enthousiasme que nous le flamand, de même que les Suisses germanophones rechigneraient à apprendre le français. C’est là une autre histoire qui suscite aujourd’hui pas mal de débats.
La situation étant ce qu’elle est chez nous, il nous reste à en comprendre les raisons pour tenter d’y trouver des remèdes.
Quelques hypothèses plus ou moins répandues me sont d’abord venues à l’esprit, que je formule sous forme de questions lapidaires.
- Le système scolaire serait-il en partie responsable de la difficulté qu’éprouvent les Wallons à parler le flamand ?
- Peut-on évoquer une paresse intellectuelle des francophones face à l’apprentissage d’une langue dont la syntaxe et le lexique sont très différents de leur langue maternelle ?
- La fierté de parler une langue internationale dont la littérature et la culture sont très riches et le sentiment d’autosatisfaction que cela engendre seraient-ils responsables de nos faiblesses linguistiques ?
- Peut-on parler d’un (in)conscient collectif qui prendrait sa source dans notre histoire complexe où les identités culturelles souvent brimées et le refus d’être dominé constitueraient un berceau favorable à un refuge identitaire linguistique ?
C’est cette dernière hypothèse que je vais aborder. Mon objectif, modeste, est d’émettre quelques rappels historiques et quelques réflexions sur une réalité qui nous revient avec force aujourd’hui : celle d’un choc culturel et linguistique flamand/wallon.
Vous me pardonnerez de ne guère aborder le problème de l’allemand et des autres langues que nous apporte l’immigration : je n’en aurai pas le temps.
Le sujet est difficile à traiter à bien des égards :
- d’une part, il n’a pas suscité, à ma connaissance, d’études vraiment spécifiques ;
- d’autre part, il est controversé. Les historiens, même francophones, sont souvent loins d’être d’accord sur les épisodes qui jalonnent notre histoire dans ses dimensions communautaires ;
- enfin, le champ linguistique et culturel que l’on m’a demandé de traiter se confond en permanence avec les champs politiques, sociaux et économiques qui tissent notre histoire en évolution, des Gallo-Romains à nos jours.
Mon fil rouge sera donc celui des langues et des cultures, mais réfléchies dans un contexte plus large où le fait politique prendra, vous vous en doutez, une certaine place.
Un peu d’histoire aux traits forcément sommaires
Quand les Romains arrivent chez nous, ils trouvent des populations mélangées où des peuples d’Outre-Rhin côtoient les Gaulois. Même si l’héritage celte n’est pas nul dans notre lexique (ainsi le chiffre quatre-vingts et les tournures familières « qu’est-ce qui ? », « qui est-ce qui »), l’occupation romaine va uniformiser la langue parlée dans nos régions, et cela sans grande difficulté d’après les historiens.
Une langue va être officiellement abandonnée au profit de l’autre pour des raisons notamment de prestige social de la part des élites et de souci d’intégration à l’Empire. C’était une nécessité pour accéder à des fonctions dans l’administration et l’armée.
De surcroît, le latin était la seule langue écrite, donc enseignée dans les écoles. Mais aussi, nous dit Michel DUBUISSON, latiniste, l’apprentissage de la langue latine devait d’autant moins rebuter nos ancêtres que celle-ci appartenait au même sous-groupe linguistique que le gaulois : l’italo-celtique[2].
S’ensuit un phénomène d’acculturation, encouragé par la suite par le christianisme dont la langue de propagande était le latin.
Nos populations, devenues romaines ou romanes, ont à leur tour assimilé et intégré les envahisseurs du Nord et de l’Est, les Germains, sans toutefois que ceux-ci leur imposent leurs langues.
Mais quelles langues parlaient les nombreuses populations non cultivées ?
Certainement pas le latin classique compris par la seule élite, mais un latin « vulgaire », métissé de gaulois et/ou de germain, différent selon les endroits et fruit de périodes plus moins longues de bilinguisme.
*
Et notre frontière linguistique dans tout cela ? C’est à la fin de l’Empire Romain et dans le Haut Moyen Âge que l’on trouve l’origine de la frontière linguistique dans nos régions.
D’après l’historien Alain DIERKENS, celle-ci se serait formée progressivement et se serait stabilisée vers les X-XIe siècles.
On ne croit plus aujourd’hui à l’hypothèse d’une frontière linguistique fixée une fois pour toutes qui refléterait l’occupation des Francs dans une zone désertée par ses habitants, nous dit A. Dierkens. La frontière linguistique refléterait plutôt :
- d’une part, le maintien d’un latin tardif comme langue véhiculaire dans notre région (le centre de l’ex-Gaule romaine) ;
- d’autre part, l’affaiblissement de ce latin dans les régions périphérique, plus perméables aux contacts avec le monde germanique d’Outre-Rhin, particulièrement après le traité de Verdun (842) et l’absorption de la Lotharingie par le futur Saint-Empire Germanique au Xe siècle (925), un événement marquant qui est à l’origine de notre Principauté de Liège[3].
*
La Principauté épiscopale de Liège couvrait plus ou moins un tiers de la Wallonie actuelle. Sorte de couloir aux frontières très découpées, coincée entre la France et l’Empire Germanique, elle avait acquis progressivement un statut de neutralité qui lui vaudra d’être, à de très nombreuses reprises, un champ de bataille de l’Europe.
Ses princes-évêques étaient souvent d’origine germanique et tous ne parlaient pas le français. On pense notamment à Notger, aux princes de Bavière de la famille des Wittelsbach, à Hoensbroek, notre triste avant-dernier souverain… C’est par ailleurs la francopholie de Velbrück qui lui vaudra, dit-on, d’être tant aimé de ses sujets.
Mais quelles langues parlait-on dans la Principauté où, sur les 23 bonnes villes, 12 étaient flamandes et 11 francophones ou romanes ?
Les parlers étaient romans ou flamands (le wallon, comme parler, n’est mentionné qu’au XVe siècle).
Le français, comme langue administrative et de culture existait dès le XIIIe siècle.
Il est intéressant de savoir que les chartes et les actes administratifs dans la Principauté de Liège étaient rédigés soit en français, soit en flamand, en fonction des populations auxquels les documents étaient destinés.
En tout cas, il semble qu’il n’y ait guère de traces de rivalités linguistiques dans nos régions sous l’Ancien Régime[4].
*
A la suite de la Révolution française, en 1795, les « anciens Liégeois » du Hainaut, du Namurois, de Liège se retrouvent avec leurs anciens alliés et ennemis du Nord dans un ensemble politique qui dépend de la France. Un ensemble qui préfigure la Belgique.
Les Liégeois (ceux qui en avaient le droit) avaient voté très majoritairement pour le rattachement à la France républicaine. L’intérêt en était, notamment, le grand marché que constituait celle-ci pour l’écoulement de leurs productions.
Après le Congrès de Vienne (1815) cet ensemble est rattaché aux Pays-Bas sous le règne de Guillaume Ier. Un nouveau couloir de sécurité se forme entre la France et l’Allemagne suite à une volonté d’équilibre européen qui présidera plus tard à la conception de la Belgique et pèsera lourdement sur notre destin.
A noter que les provinces wallonnes sont d’emblées hostiles à la politique linguistique de Guillaume d’imposer le bilinguisme et de faire à terme du néerlandais la langue de tout le royaume. Le souverain aura juste le temps d’imposer des cours de flamand dans les écoles primaires et secondaires.
L’hostilité à cette politique provient aussi de l’élite flamande qui parlait le français et craignait de voir lui échapper les postes-clés au profit des Hollandais.
Ici déjà, des critères économiques et politiques se juxtaposent au fait linguistique.
Les mesures impopulaires de Guillaume, tant linguistiques et culturelles que fiscale, vont sonner le glas du régime hollandais avec la révolution de 1830.
*
Nous voilà à l’heure belge dans un État qui va être confronté jusqu’à nos jours à la question des langues.
En 1831 le français est déclaré langue nationale : un renversement complet par rapport à la politique de Guillaume ! Or la Belgique avait bel et bien trois langues, dont les principales étaient le flamand et le français.
La négation des parlers flamands est dès lors ressentie comme une domination de l’élite belge francophone tant du Nord que du Sud du pays. A cette époque, en effet, partout en Belgique, le peuple parlait des dialectes. Mais il faut quand même préciser que, comme sous l’Ancien Régime, les citoyens étaient autorisés à se servir indifféremment de la langue française, flamande ou allemande dans leurs rapports avec l’administration.
Après une période d’unitarisme flamand/wallon dans les premières années, se développe, au milieu de XIXe siècle, autour de la personnalité d’Henri CONSCIENCE notamment, un mouvement flamand, populaire et romantique, qui revendique dans un manifeste l’utilisation de la langue flamande à l’école, dans l’armée et l’administration en région flamande et le bilinguisme dans les matières nationales et la fonction publique.
Dès 1870 les premières lois en faveur des Flamands sont votées. La langue flamande est utilisée en justice pénale puis dans les administrations ; un peu plus tard dans l’enseignement primaire, secondaire et universitaire, puis enfin dans l’armée (1913).
Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que naît un mouvement wallon, marqué lui aussi par des revendications culturelles. Mais la revendication d’une langue identitaire, le français, même si elle n’était parlée que par une élite et non par le peuple, n’avait guère de sens pour les Wallons ni les Bruxellois (ces derniers craignaient par ailleurs une obligation de bilinguisme dans la fonction publique et l’administration qui mettrait en difficulté ses élites francophones face à l’élite flamande bilingue !).
Le mouvement wallon de la fin du XIXe et au début du XXe siècle sera donc essentiellement culturel et visera à promouvoir la langue wallonne. La Société de langue et le littérature wallonnes voit le jour en 1909. Liège voit la création du Musée de la Vie Wallonne en 1913. Des congrès wallons se mettent sur pied.
La principale figure du mouvement identitaire wallon de l’époque est Jules DESTRÉE. C’est lui qui réclamera des cours d’histoire régionale dans les écoles et (déjà) la séparation de la Wallonie et de la Flandre, avec une autonomie accrue pour les deux régions mais dans un cadre belge (lire à ce propos sa fameuse « Lettre au Roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre » de 1912[5]).
Mais ce mouvement wallon aux revendications culturelles et aux accents politiques est plus défensif qu’offensif et l’opinion, au sud du pays, reste largement unitariste alors même que la Wallonie est une puissance industrielle incontestée (la deuxième d’Europe et, à certaines périodes, du monde).
Pourtant des consciences identitaires commencent à se démarquer à la veille de la Première Guerre mondiale, notamment au sujet de l’école laïque à laquelle le Sud du pays est favorable et le Nord hostile, et cela sur un fond politique et idéologique.
En effet, le Nord est majoritairement catholique et le Sud libéral et socialiste après la naissance du POB (Parti ouvrier belge) en 1885.
Les socialistes et les libéraux ont dû ressentir les revendications culturelles flamandes comme des outils au service des catholiques conservateurs, autrement dit de la droite politique majoritaire au niveau national depuis le suffrage universel, vu la supériorité numérique des Flamands.
Les deux guerres mondiales n’amoindrissent pas les divergences Nord/Sud, au vu notamment de la différence de traitement des Wallons et des Flamands par les Nazis, ceux-ci étant par exemple plus favorables aux prisonniers de guerre flamands.
En 1914-1918 naît le « frontisme » dans les tranchées où les soldats flamands n’apprécient pas d’être commandés en français.
En 1940-1945 les attitudes différentes des Flamands et des Wallons face à l’occupant sont une réalité. Je ne m’y attarde pas, même si cette situation a pu jouer dans les perceptions respectives qu’ont pu avoir d’elles-mêmes nos deux communautés, avec une incidence sur l’apprentissage des langues flamandes et allemandes.
Peu après la Deuxième Guerre mondiale, « la Question royale » divise à nouveau l’opinion sur un axe Nord/Sud.
L’abdication de Léopold III, forcée par le mouvement de grève au départ de Liège, n’aura pas l’heure de plaire aux Flamands qui avaient voté majoritairement en faveur du retour du roi lors du référendum de 1950.
Un autre événement va diviser à nouveau le pays : la grande grève de 1960 contre la Loi unique, dans le bassin liégeois puis dans toute la Wallonie et partiellement en Flandre, se heurtera à l’hostilité des syndicats flamands qui n’apprécient pas les demandes de réformes de structures (anticapitalistes) prônées par la FGTB d’André RENARD.
La distance que prendra le Parti socialiste vis-à-vis de la grève et l’échec de celle-ci va bouleverser la donne politique et syndicale avec une réorientation du syndicalisme wallon vers le mot d’ordre « fédéralisme » et avec la création du Mouvement Populaire Wallon sous la houlette d’André RENARD.
Et cela sur fond d’un déclin économique wallon qui allait en s’accentuant.
En 1962 la frontière linguistique est fixée.
Les Fourons sont rattachés à la Province du Limbourg malgré l’avis de la population.
Le bilinguisme est instauré à Bruxelles ainsi qu’un régime dit « à facilités ».
Dans les années 1970, l’affirmation des identités régionales va s’accélérer. Avec le Mouvement Populaire Wallon, l’idée wallonne avait gagné, enfin, la classe ouvrière et les couches populaires. Mais, suite aux freins imposés par le PSB, le mouvement s’était étiolé.
Un Parti wallon sera créé, puis le Rassemblement Wallon autour de François Perin, qui aura un franc succès aux élections de 1968 après l’éviction des francophones de l’Université de Louvain.
S’ensuit l’ère des régionalisations et des réformes constitutionnelles.
On est encore dedans. Je vous épargne la chronologie de ce complexe et fastidieux sujet. Sinon pour souligner qu’à ce jour, l’enseignement (dont celui des langues) l’audiovisuel et la culture (compétences qui peuvent participer de façon importante à l’apprentissage des langues) relèvent, depuis 1988, de la Communauté française (dont je souligne en passant l’ambiguïté du nom) et sont donc traitées à Bruxelles.
Que conclure de ce bref tableau ?
Que les Flamands ont, tôt dans notre histoire de Belgique, mené un combat pour la défense de leur langue et de leur culture et ce à juste titre. Ce combat identitaire sous le signe de la langue et de la culture a évolué vers une volonté d’autonomie économique et politique.
Mais cela ne les a pas empêchés d’être aujourd’hui conscients de la nécessité de parler une autre langue, plus répandue sur la planète, le français d’abord, l’anglais ensuite plus prisé aujourd’hui par les jeunes générations.
Que les Wallons, « romanisés » depuis l’antiquité, n’ont pas dû mener de combat pour la défense de leur langue (même si le français n’était parlé que par l’élite avant l’instruction obligatoire et surtout avant la Deuxième Guerre mondiale). Qu’ils ont défendu leur identité culturelle dans une attitude essentiellement défensive face aux pétitions bien plus vindicatives des Flamands. Que leur combat a évolué vers des revendications sociales puis vers une autonomie politique, mais toujours tempéré par un sentiment d’appartenance à la Belgique, puissamment ancré dans la mentalité collective wallonne.
Comme si le combat d’une communauté pour sa langue était fondateur d’une identité…
Qu’aujourd’hui, nombre de jeunes Wallons ne ressentent pas encore comme une nécessité pour leur avenir le fait d’être bilingue ou trilingue, fait particulièrement déroutant dans la région liégeoise qui se trouve aux confins de l’Allemagne, de la Hollande et de la Flandre. (Une petite anecdote : tout récemment, dans la commune de Saint-Nicolas, près de Liège, les parents d’une école primaire communale ont dû choisir entre le néerlandais et l’anglais faute de moyens financiers. Ils ont choisi majoritairement l’anglais. Attitude pragmatique ? Révélatrice en tout cas)
Que cette attitude est certainement explicable par le fait que le français est une langue universelle, ce qui procure aux francophones le sentiment qu’il est « naturel », voire « évident » de parler le français, sans plus.
De surcroît, comme je l’ai évoqué tout à l’heure, la situation économique des deux régions a évolué depuis les années 1950-1960 en faveur de la Flandre, encouragée par des investissements nationaux et multinationaux, tandis que la Wallonie déclinait avec la crise minière et sidérurgique. Cet état de fait a encouragé le mouvement wallon sur la voie politique et économique.
Ces antagonismes socio-économiques et culturels constituent un éclairage qui permet peut-être de comprendre les difficultés d’aujourd’hui et d’expliquer les préjugés qui en découlent, y compris sur le plan linguistique.
Mais cette réalité n’est pas une fatalité. En témoigne l’histoire plus ancienne où l’on a pu voir que des populations se sont adaptées à leur réalité sociale, politique et économique en pratiquant le bilinguisme, voire le multilinguisme, sous l’effet de la nécessité.
Alors que faire ?
L’enseignement obligatoire (récent au regard de notre histoire) nous donne des moyens exceptionnels d’ouverture au monde et aux langues…
Pour ma part, puisque l’angle sous lequel il m’a été demandé d’aborder le sujet est culturel et historique, j’émettrai quelques brèves considérations assorties de suggestions.
L’ouverture aux cultures d’autrui et d’ailleurs implique une connaissance de sa propre culture.
Or, dans l’ensemble de la communauté française (au sens géographique) il n’existe pas, à l’école fondamentale et secondaire, de cours d’histoire de la Wallonie. À Liège, par exemple, il faut aller à l’université en section « histoire » pour se voir dispenser, en option, un cours d’histoire de la Wallonie et un cours d’histoire de la Principauté de Liège (alors que le cours d’histoire de Belgique est obligatoire). Seule une poignée d’étudiants suit ces cours. Par contre, je souligne que, dans l’enseignement communal liégeois, on a récréé il y a une quinzaine d’années un cours d’histoire de Liège.
Les Wallons connaissent peu leur histoire. C’est une lacune à combler si l’on veut qu’ils comprennent les origines et l’évolution de leur « pays ».
*
Ceci m’amène à une autre considération. En 1983 le « Manifeste pour la culture wallonne » signé par de nombreux journalistes, artistes, écrivains, réclamait une articulation indispensable entre la culture et l’économie.
En 2003, dans un nouveau manifeste « pour une Wallonie maîtresse de son éducation et de sa recherche » les signataires pointaient la nécessité de donner à la Région wallonne les leviers que sont la culture, l’enseignement, les médias publics et la recherche.
Le sujet est polémique et je ne souhaite pas rallumer le feu à l’heure qu’il est, mais il méritait d’être sereinement repensé.
En effet, l’absence de compétences culturelles et éducatives des institutions wallonnes prive les Wallons à la fois d’une connaissance et d’une image positive de leur patrimoine symbolique autant qu’effectif. Un autre déficit à combler.
*
Enfin et pour terminer : un brassage culturel est indispensable pour la pratique des langues.
Or nous avons un outil, l’Eurégio Meuse-Rhin qui pourrait être le creuset d’initiatives en tous genres.
Liège en fait partie, seule région francophone à côté des Limbourgs flamands et hollandais et de la Rhénanie.
Ces quatre régions sont proches géographiquement. Des écoliers, des jeunes, des universitaires pourraient s’y rencontrer, échanger sur base d’un programme culturel et linguistique.
Le tourisme aussi aurait tout à y gagner. Encore faut-il qu’il soit encouragé par des circuits touristiques et culturels sur base, par exemple, des histoires communes aux régions qui composent l’Euregio.
J’avais en son temps fait la proposition d’un circuit archéologique au départ de l’Archéoforum de Liège et du Grand Curtius qui passerait par le musée gallo- romain de Tongres, le site archéologique de Heerlen, les vestiges romains d’Aachen et Maastricht…
Et pourquoi ne pas créer à Liège un centre de rencontres eurégionales à dimension économique et culturelle, au service des entreprises, des techniques, du tourisme, des écoles…
Pour avancer dans ces directions, il faut une conscience partagée et des volontés politiques. Il faut aussi que s’estompent les rivalités entre régions.
Car se connaître est bien le premier moyen indispensable pour briser les préjugés, y compris sociaux, les perceptions caricaturales et les clichés linguistiques.
Madeleine MAIRLOT
[1] Marcel Thiry, écrivain, académicien, militant très engagé dans la cause wallonne; Aloïs Gerlo, journaliste, écrivain, il fut recteur de la VUB.
[2] Cfr Bruno DEMOULIN, Jean-LOUIS KUPPER (sous la direction de), Histoire de la Wallonie, Toulouse, Privat, 2004.
[3] Ibid.
[4] Cette information nous a été donnée par Bruno DUMONT des Archives de l’État de Liège.
[5] Lire à ce sujet le chapitre consacré à J. Destrée dans Les grands mythes de l'histoire de Belgique, de Flandre et de Wallonie (sous la direction d’Anne Morelli), Vie ouvrière, 1995 et la réponse de Philippe Destatte dans sa Lettre ouverte sur Jules Destrée, l'antisémitisme et la Belgique, Institut Jules Destrée, 1995.
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04.11.2010
Exposition "G"Rèves de 60 et d'aujourd'hui.
Je me permets de vous communiquer l'information suivante qui pourrait vous intéresser dans le cadre de vos cours.
Les PAC du Thier-à-Liège et de Sainte-Walburge organisent une exposition sur les grèves de 1960 et d'aujourd'hui, avec une possibilité de visites guidées.
Le texte en courrier attaché vous permettra d'avoir un aperçu de l'exposition et des possibilités qu'elle offre, notamment en termes de rapport entre l'époque des années 1960 et aujour'hui.
L'exposition aura lieu du 27/11 au 4/12 2010 à l'école Justin Bloom, place Sainte-Walburge 1 à 4000 Liège
Visites possibles entre 8h30 et 18 h
Un local est à la disposition des enseignants et des étudiants.
De plus, nous organisons une projection du film de Thierry Michel "Hiver 60 "et un débat le jeudi 2 décembre
à 18h30 : projection du film dans la salle de l'école Justin Bloom
Dès 20h, débat : "Le mouvement wallon : témoins d'hier, acteurs d'aujourd'hui"
Intervenants :
- Paul DELFORGE, historien, directeur de recherches à l'Institut Jules Destrée, spécialiste du Mouvement wallon
- ... (représentant de la FAR)
Avec la participation de deux témoins des grèves de 1960-61 :
- Jules RASKIN, ancien avocat au barreau de Liège
- Jean YERNA, ancien responsable syndical de Gazelco
(Petite restauration prévue)
Vous y êtes cordialement invités (étudiants aussi) ainsi qu'au venissage de l'exposition, le vendredi 26 novembre à 18 h
Pour organiser les visites, merci de prendre contact au 0478 31 40 44 ou par mail (m.mairlot@skynet.be)

Bien cordialement,
11:53
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09.09.2010
Journée du Patrimoine 2010
Retrouvons-nous aux Journées du Patrimoine 2010
Et « ouvrons les portes du temps… »
Le beau métier d’horloger, au sens de concepteur-constructeur de mécanismes d’horloges, s’est éteint dans le courant du XXe siècle. Il a fait place à des spécialistes, certes, mais qui aujourd’hui restaurent et réparent des montres et des horloges fabriquées industriellement. Quant aux fabricants de serrures et de clés, ils ont été remplacés par des « mister minit ».
Pourtant Liège a eu dans ces métiers son heure de gloire, particulièrement dans l’horlogerie qui peut s’enorgueillir de noms prestigieux, comme les Sarton et les Jacquet.
S.O.S. Mémoire de Liège et Le Vieux-Liège vous emmèneront à la découverte de ces savoirs-faire passionnants qui appartiennent au passé mais dont les réalisations sont encore bien présentes dans la ville.
La visite comprend une démonstration technique : Lambert Verdin (voir la photo), l’un des derniers artisans qui répare et restaure des horloges et des serrures anciennes, nous montrera les différences qui existent entre les mécanismes des XVIIIe et XIXe siècles et ceux d’aujourd’hui. Le public aura la chance de voir notamment des mouvements d’horloges de clochers d’églises, ainsi que d’horloges liégeoises à sonneries différenciées, plus ou moins complexes, d’en saisir le fonctionnement et l’évolution.
Au Grand Curtius, visite commentée des magnifiques horloges de la Collection Duesberg, « à la mode de Paris », qui datent de l’époque Louis XVI jusqu’au Premier Empire et qui ont trouvé, dans l’Hôtel de Hayme de Bomal, un écrin à la hauteur de leur qualité.
Les pendules, horloges et cartels de l’Hôtel d’Ansembourg, situé à deux pas du Grand Curtius, en Féronstrée, donneront l’occasion d’un exposé sur les caractéristiques des cadrans du XVIIIe siècle, l’époque prestigieuse de l’horlogerie liégeoise, avec ses Sarton, ses Laguesse, ses De Befve qui conjuguent merveilleusement l’art et la technique.
La visite sera agrémentée, au fil du temps, de chansons et de lectures de textes sur le thème de ces vieux métiers.
Rendez-vous devant le Grand Curtius, rue Féronstrée, n° 136
Le samedi 11 septembre à 13 h et à 15h30
Le dimanche 12 septembre à 11h et à 14h
Réservation inutile
Contact : Madeleine MAIRLOT 0478 31 40 44
05:35
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20.05.2010
La haine de l’Occident, une réalité ?
Jean Ziegler vient de publier dans la collection Le livre de poche » La haine de l’occident (Albin Michel, 2008).
Jean Ziegler a été député socialiste. Il est le fondateur d’ATTAC Suisse. Depuis peu Docteur Honoris Causa de l’Ulg, il est vice-président du Comité consultatif des droits de l’homme aux Nations Unies et a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels Une Suisse au-dessus de tout soupçon, Main basse sur l’Afrique, Le livre noir du capitalisme.
La haine, il l’entend au sens de « haine raisonnée » des peuples dominés, de ceux qui subissent l’ordre injuste de l’Occident imposé au monde et ne peuvent que détester la violence structurelle du capitalisme et de son mode de production qui fonctionne sur la maximalisation du profit.
La haine qui anime le terroriste, celle-là, non, il ne l’encaisse pas, elle est à ses yeux inacceptable.
Cette détestation de l’Occident a, selon lui, des causes objectivables. Ziegler a fait l’exercice d’en élucider quelques-unes.
Il y a d’abord la mémoire blessée des peuples du Sud. Celle des Indiens, des esclaves, de toutes les victimes du racisme et des crimes perpétrés pour la conquête de terres, de matières premières.
Il y a aussi ce que Jean Ziegler appelle « le double langage de l’Occident » qui vote des résolutions, fait des déclarations… qui ne sont pas appliquées dans les faits. Et de rappeler l’exemple récent des habitants de Gaza massacrés par l’armée israélienne en 2008-2009, massacre qui n’a pas été empêché. Les Droits de l’homme inventés par l’occident sont trahis par les Occidentaux !
Enfin, c’est « l’ordre cannibale du monde » qui est sans doute la cause la plus flagrante de la « haine » que « nous » distillons depuis tant d’années sans en imaginer les conséquences.
Et là, l’écrivain suisse ne manque pas d’arguments car il connaît très concrètement le sujet. Il évoque le dumping agricole scandaleux qui affame les populations déjà pauvres qui n’ont que l’agriculture pour subsister ; l’endettement organisés des pays du Tiers-Monde ; les expulsions forcées de milliers de paysans pour exploiter leurs terres aux fins de produire des bio-carburants là où, justement, les gens meurent de faim ; la spéculation honteuse sur les produits de première nécessité comme le riz et les céréales ; la diminution drastique du programme alimentaire mondial… La faim dans le monde n’est pas une fatalité, elle est organisée. La planète peut produire aujourd’hui de quoi nourrir le double des habitants qui l’habitent.
Et de conclure sur un espoir - car il en faut, affirme-t-il -, celui que les démocrates se donnent la main pour faire pression sur les gouvernements démocratiques, dont le nôtre. Les pratiques qui nous font honte peuvent et doivent cesser. Des pays sont en voie de retrouver leur identité spoliée, qui nous donnent l’exemple : le Vénézuéla, le Brésil, la Bolivie, l’Equateur…
On ne peut rien attendre des gangsters de la finance, c’est la mobilisation populaire et la fraternité des peuples qui peut créer le changement.
« L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi » écrivait Emmanuel Kant. C’est, provisoirement, le mot de la fin de Jean Ziegler qui conclut avec un extrait du Canto général du grand poète Pablo Neruda : « Nos ennemis pourront couper toutes les fleurs, ils ne seront jamais les maîtres du printemps ». Qu’on se le chante…
Madeleine MAIRLOT, 20 mai 2010
15:22
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